Illustration de l’utilité de la peinture au sol comme outil (rapide et pas cher) de test et de changement des usages urbains…

Une peinture au sol peut sembler un outil un peu trop léger pour modifier la ville, les espaces publics, les usages et le partage des voiries… Pourtant qu’il s’agisse de tester de nouveaux usages à échelle réelle, de préfigurer de futures transformations, mais aussi de faire évaluer par la population la pertinence de tels ou tels aménagements, la peinture peut-être à la fois efficace et pas chère !

De plus, de simples traits de peinture – y compris sous forme de peinture à la craie et de lignes approximatives tracées par des non-professionnels du marquage au sol – parviennent souvent à modifier les comportements, de façon impressionnante et quasi-instantanée. Cela fait parti de ce que certains appellent l’urbanisme tactique.

Voici la preuve de cette facilité, en quelques photos commentées issues de nos expériences de terrain (l’équipe Repérage Urbain) .

Outil de test grandeur nature d’équipements de loisirs de plein air…. avec de la simple peinture à la craie.

Une des premières démarches durant laquelle nous avons utilisé de la peinture au sol éphémère a eu lieu en 2022 dans le quartier de logement social des Aubiers à Bordeaux. Il s’agissait de représenter en grandeur nature, sur une grande prairie jouxtant le quartier, certains aménagements suggérés par les habitants. Ces suggestions avaient été collectées le matin même, au cours d’une démarche de concertation en plein air avec des stands participatifs divers, dont un atelier où les participants pouvaient « Dessiner la prairie de demain ! » sur un fond de plan (ci-contre, cliquez pour agrandir). Nous avons été les premiers surpris de voir l’appropriation immédiate par quelques habitantes et enfants de cette représentation approximative de piste de course que nous avions réalisée en 20 minutes avec 3 bombes de peintures éphémères à la craie !

En 2023, inspiré par cette expérience, nous avons renouvelé l’idée de tester l’appropriation instantanée (ou non) d’un espace de jeu – en l’occurrence un terrain de pétanque – dans le cadre d’une démarche participative approfondie pour déterminer le devenir d’un terrain en friche de 2000m². Ce terrain, au coeur du quartier de la Robertsau à Strasbourg, les Cours Saint Louis, suscitait un vif intérêt parmi les résidents de ce secteur d’environ 25 000 habitants, de part sa centralité. Après plusieurs étapes préalables ayant impliqué des centaines d’habitants, nous avions défini participativement un plan-programme d’aménagement de ces cours, mêlant place public évènementielle et équipements d’espaces verts. Ce terrain de pétanque était l’un des éléments que nous avons représenté en grandeur nature sur le site, au cours une journée évènementielle, afin de confirmer les attentes des habitants par une dernière démarche de « validation par la foule ».

Toujours dans l’idée de « préfiguration légère » (très temporaire et économique), nous avons figuré en 2024 un City-stade à Auchay-Sur-Vendée, encore avec de la peinture à la craie, complétée de quelques accessoires sommaires (manches à balais, ficelles, fanions). Ce test de City-Stade visait à valider un concept programmatique issu, là encore, d’une démarche consultative préalable auprès de l’ensemble de la population concernant le devenir d’un ancien (grand) terrain de foot, qui devrait également accueillir quelques logements. Mais le test nous permettait également de nourrir un dialogue avec les usagers potentiels sur la taille de City-stade la plus adaptée à leurs envies et leurs pratiques.

Ces peintures à la craie, utilisées pour des préfigurations sommaires et brèves, ont l’avantage d’être écologique, sans toxicité biologique même sur l’herbe, et de s’effacer d’elle-même après un ou deux jours de pluie.

Outil d’évaluation collective d’hypothèses d’aménagement

Sur le projet de 2023 mentionné plus haut, les Cours Saint Louis à Strasbourg-Robertsau, nous avions également représenté au sol, de façon très sommaire et éphémère, un espace que la première phase de concertation avait définie comme devant être recouvert de pavés enherbés (photo ci-dessus). Nous avions d’ailleurs préfiguré avec des moyens légers une bonne partie des aménagements représenté sur le schéma des hypothèses d’aménagement ci-contre (cliquez pour agrandir), avec peinture éphémères et quelques équipements de récupération posés en vitesse, en provenance des stocks municipaux. Cela afin que les habitants puissent, pendant quelques jours, se représenter à échelle réelle la composition proposée, et puisse réagir sur un questionnaire d’évaluation accessible entre autres par un QR code affiché sur le site.

Nous avons mené en 2025 une expérience similaire, concernant le réaménagement de la Dalle Paul-Eluard à Bobigny, qui doit connaître des transformations importantes dans le cadre d’un projet de rénovation globale co-financé par l’ANRU (Agence Nationale de Rénovation Urbaine). La dalle doit ici recevoir de nouveau espaces plantés, avec une bonne épaisseur de terre et une plus grande étendue de végétation que celle fournie par les bacs à plantes actuels…

Afin d’attirer l’attention des résidents sur cette démarche et écouter les réactions au projet, nous avons sollicité les enfants du quartier pour participer avec de grosses craies à la décoration de cette simulation éphémère sommaire, mais grandeur nature et ludique.

En 2024, nous avions testé un usage des peintures à la craie dans un processus d’évaluation collective assez différent . Il s’intégrait dans une large démarche de concertation sur le projet de transformation des voiries d’un quartier du vieil Orléans, le quartier Bourgogne Village, à proximité du centre-ville piétonnier. La rue centrale de ce quartier, la rue de Bourgogne, a vocation à devenir elle-même piétonne sur plus de 400 mètres, à la suite d’une consultation par questionnaire menée par la ville à l’hiver 2023 sur suggestion de certains habitants, dont les résultats étaient très tranchés.

Mais une multitude de détails restaient à définir, tels que les impacts sur le plan de circulation du quartier environnant, les adaptations des mobiliers urbains, qui comme dans le cas en exemple ci-dessus – bornes vélos en libre service mal situés – peuvent empêcher le développement d’espace de convivialité ou limiter l’accessibilité de lieux recevant du public.

Nous avons donc organisé, parmi différents dispositifs participatifs proposés pour ce quartier, une « déambulation-grafitti » afin d’annoter collectivement, au sol de la Rue de Bourgogne, toute une panoplie de détails d’améliorations futurs de cette chaussée. Les suggestions étaient émises en direct par tout un chacun, oralement, avant d’être soumises à vote instantané. Des cartons de couleurs étaient fournis à chacun, pour valider ou non une proposition d’un des participants. Les idées validées étaient ensuite annotées à même le sol à la peinture temporaire.

Nous laissions ainsi directement la trace de ces accords collectifs en avançant, indiquant ici le souhait de création d’une terrasse, là une suppression ou l’ajout d’un équipement, ici l’intégration de végétaux…. Les traces ainsi laissées nous ont également permis de faire réagir un certain nombre de passant non impliqués préalablement. Et ainsi de les inciter à prendre également part à la concertation, soit sur le moment, soit en ligne sur le site participatif municipal, où la synthèse des résultats de cette journée allait être publiée rapidement.

Il est intéressant de noter que, sur cette rue du centre historique d’Orléans, les attentes des participants en termes de végétalisation se sont limitées à quelques suggestions de « plantes grimpantes et traversantes », afin de ne pas réduire la capacité de cette chaussée relativement étroite à accueillir des usages très urbains et conviviaux : futures terrasses de cafés et restaurants, parvis d’équipements publics, chalands et promeneurs, poussettes, vélos…

Outil de « prise de possession » de la voirie par les piétons, sur une période un peu plus longue

Dans le même quartier Bourgogne Village à Orléans, la suite des opérations nous a amené à accompagner la ville en 2025 dans une démarche de préfiguration de plus longue durée. Il s’agissait cette fois non plus de marquages éphémères, mais de donner vie à la piétonnisation expérimentale de deux rues, pour plusieurs mois, jusqu’à réalisation de travaux définitifs : La rue « scolaire » Aignan Thomas-Desfriches, et la fameuse rue de Bourgogne, sur une longeur de 400 mètres. Nous avons ici contribué à la mise en oeuvre de décorations de sol en mode artistico-participatif.

Le but des peintures au sol devient ici d’inciter les piétons à prendre possession de la chaussée, alors que le changement de statut se limite dans un premier temps à la pose de panneaux sens interdit. Comme l’ont montré diverses expériences d’urbanisme tactique, une chaussée décorée peut décomplexer les piétons qui hésitent encore à quitter le trottoir, peu informés du changement de règlement ou intimidés par quelques véhicules qui se jouent des sens interdit – tels que les deux roues passant à toute vitesse ou les voitures de riverains gardant un droit d’accès à leurs garages . Elle fait aussi comprendre à ces véhicules résiduels qu’ils ne sont plus ici en terrain acquis à la vitesse, en cassant la linéarité et en rendant difficile à ignorer le changement de statut.

Pour la première rue, devant l’entrée du groupe scolaire Saint-Paul Bourdon Blanc, nous avons suggéré à la ville de s’inspirer d’une expérience menée au centre-ville du Pré-Saint-Gervais où nous avions travaillé précédemment. Lors d’une phase de préfiguration de l’aménagement d’une nouvelle rue piétonne, un artiste plasticien y avait réalisé une fresque participative avec les enfants d’une école. Nous avons identifié un artiste local, du nom de BAM, qui a proposé une démarche équivalente à Orléans, en dialoguant au préalable avec des enfants en classe pour définir le concept puis en réalisant la fresque collectivement en une grande après-midi. Le choix des enfants s’était porté sur la réalisation d’un « jeu de l’oie géant », dont vous pouvez visualisez la forme finale ci-dessus.

Autre rue, autre approche. La rue de Bourgogne étant un axe assez important, il restait relativement circulé malgré la pose des sens interdit, du fait d’un nombre assez important d’utilisateurs de parkings privés, conservant un droit d’accès dans le périmètre. De plus, sa longueur contribuait certainement au fait qu’un certain nombre de passant ignoraient visiblement son changement de statut, en persistant à utiliser les étroits et inconfortables trottoirs. La peinture devait donc ici faire comprendre clairement ce changement.

L’intervention nécessitait également une réflexion sur l’économie de moyen. Envisager une « fresque » sur une longueur de 400 mètres aurait en effet été tout à fait disproportionné. C’est ainsi que nous avons suggéré d’utiliser des pochoirs « piétons », pour marquer de façon sporadique la chaussée sur tout son long, avec l’appui de citoyens motivés. Ayant sollicité le même artiste BAM que précédemment, celui-ci à surajouté l’excellente idée de proposer que les habitants participants puissent « habiller » en peinture ces pictogrammes blancs.

C’est ainsi qu’a put être couvert de marques joyeuses une bonne partie du linéaire de cette longue rue, tout en assurant une vocation informative quant aux usagers nouvellement prioritaires de cette chaussée : les piétons. Et pour ceux qui n’auraient toujours pas compris, notre artiste proposa également d’ouvrir l’itinéraire par un grand graffiti que vous pouvez découvrir ci-dessous, littéraire et explicite !

Photos bonus…

Allez, je poursuis la galerie de quelques « piétons décorés », juste pour le plaisir. Il faut dire que les participants de cet habillage collectif ont été particulièrement créatifs !

« On fait avec » : retour d’expérience sur un chantier participatif de plein air en milieu urbain très défavorisé (Bordeaux Les Aubiers)

Le printemps est souvent propice à la préparation d’actions de type « chantier participatif  »   , compte-tenu de l’arrivée des beaux jours. L’été dernier, nous avons ainsi eu le plaisir de mener une action de ce type avec les Compagnons Bâtisseurs à Bordeaux, dans le quartier des Aubiers. Voici donc quelques retours d’expérience que nous pouvons tirer de cette première tentative de «  cofabrication  » de mobiliers urbains  sous la houlette des sociologues de Repérage Urbain. Sachant que notre ambition – consubstantielle à notre culture de sociologues de terrain au contact des populations – était d’emmener un certain nombre d’habitant à mettre réellement la main à la pâte (… ou plutôt à la visseuse) dans cette « coconstruction » très concrète. Autrement dit : coconstruire utilement, depuis la conception jusqu’au bout des dernières vis, avec les habitants, contrairement à certains aménagements temporaires d’espaces publics observés ailleurs souvent trop complexes, principalement conçus et construits par des collectifs d’artistes-ébénistes et leurs armadas de bénévoles.

Un chantier participatif au cœur d’un quartier d’habitat très social

Le quartier d’habitat social des Aubiers fait l’objet d’un Projet de Renouvellement Urbain (PRU), et dans ce cadre, une des opérations vise à réaménager « la prairie », vaste espace vert apprécié des habitants, mais en l’état actuel, exempt de tout aménagement ou mobiliers d’agrément.

Le quartier des Aubiers à Bordeaux et sa fameuse « prairie » en premier plan

Sur cette base, nous avions proposé à la ville et la métropole de Bordeaux (chargée du PRU) de contribuer, par nos démarches participatives, non seulement à l’ajustement du projet définitif, mais également aussi à l’implication des habitants dans un processus de « pré-équipement » de cette prairie, en tenant compte des souhaits réels des riverains.

Un atelier-kermesse avait ainsi été organisé sur une journée, une semaine avant le chantier participatif. Cet atelier avait permis d’identifier des premiers souhaits d’aménagements très « pratiques » : des bancs et des tables à l’ombre. C’est pourquoi il a été choisi de concevoir en priorité ce type de mobilier.

Atelier-kermesse aux Aubiers pour le réaménagement de la prairie

Un chantier co-organisé avec les Compagnons Bâtisseurs

Nous avions, en amont de la kermesse consultative, choisi de sollicité les Compagnons Bâtisseurs pour la mise en oeuvre du chantier participatif , car cette vieille (60 ans) et respectable institution initialement spécialisée dans l’aide à l’auto-réhabilitation – notamment de logements sociaux – nous paraissait être la plus apte à nous envoyer sur le terrain des opérateurs techniques prêts à travailler au contact des populations d’un quartier défavorisée, et dans un esprit de réelle collaboration.

Le chantier participatif s’est donc tenu durant deux semaines, du 27 juin au vendredi 8 juillet, tous les matins de 8h30 à 12h30, sauf les samedis et dimanches.

Le choix de cette période fut contraint par les disponibilités des compagnons bâtisseurs, avant les vacances scolaires de l’été 2022. Cependant, ces créneaux se sont finalement avérés assez opportuns puisqu’ils nous ont permis de capter un public assez diversifié. Bien que le matin était perçu initialement par notre équipe de sociologues (Repérage Urbain) comme un possible handicap, cela n’a finalement pas été un frein à la participation active des habitants, même si celle-ci était plus dense en fin de matinée. Il est à noter que la météo s’est avérée globalement clémente, ce qui a évidement eu un impact positif sur le dispositif.

Nous avions choisi de localiser ces rendez-vous matinaux de fabrication participative de mobiliers de façon visible, sur l’espace public, à proximité du site à enjeu que représente la prairie. La localisation d’une prise électrique a facilité la démarche d’installation des menuisiers-formateurs dépéchés sur place par les Compagnons Bâtisseurs. Tandis que l’emplacement trouvé, assez central à l’échelle du quartier a facilité notre intention « d’aller vers » les habitants, pour les motiver à s’impliquer, au jour-le-jour.

Des démarches d’« aller vers » intensives pour recruter et mobiliser des habitants

Avant le lancement du chantier participatif, un tract-affiche a été réalisé par Repérage Urbain. Celui-ci a fait l’objet d’un boitage et de tractage dans les jours précédents le chantier. Quatre vagues d’envoi de SMS par les bailleurs ont aussi été réalisées.  Si ces moyens de communication « traditionnels » ont eu un impact limité, ils ont permis de recueillir quelques inscriptions et de susciter la curiosité des participants ultérieurs. La création de cet « écosystème » de communication, n’est donc pas à négliger : L’information a circulé, les habitants étaient informés. les médiateurs du quartier ont aussi été associés à la préparation de la démarche.

Mais c’est, comme nous l’avions anticipé, la sollicitation directe des habitants par Cécile ou Laëtitia, nos sociologues présentent alternativement lors de chacune des matinées du chantier, qui a joué un rôle central dans la réussite de la mobilisation. Elles sont allées, chaque matin, à la rencontre des habitants sur la voie publique et en pieds d’immeubles, les invitant à venir participer, ou à venir au moins «  jeter un œil  » . Passé une première phase de curiosité, un groupe de participants récurrents s’est formé, permettant, par effet d’agglutination d’éveiller l’intérêt d’autres participants. Cette mobilisation directe a ainsi permis, en bout de course, l’appropriation de la démarche par une trentaine d’habitants impliqués dans la fabrication des mobiliers. Le rôle de nos deux sociologues étaient aussi de veiller à offrir une place dans la fabrication à chaque nouveau venu, et à faciliter des échanges productifs et de qualité, entre habitants, comme avec les menuisiers-formateurs mobilisés par les Compagnons-bâtisseurs .

Cette démarche menée par nos sociologues de « recrutement direct » d’habitants, d’accueil et d’accompagnement du dialogue s’est avérée bien entendu très complémentaire de l’animation réalisée par les compagnons bâtisseurs, animation qui a permis par moment de mixer des groupes d’âges et de sexe varié et de permettre des échanges entre des participants qui ne seraient pas forcément fréquenté sans ce temps. Nombre de participants ont apprécié de bénéficier d’une relative autonomie dans la réalisation des travaux, tout en bénéficiant des conseils et de l’encadrement des compagnons bâtisseurs. La qualité de l’animation des compagnons permettait notamment de ne laisser personne « inoccupée », notamment les jeunes et donc d’éviter ainsi d’éventuels accidents.

Laurent des compagnons en plein travaux avec les enfants du centre d’animation

Des mobiliers simples et confortables, en bois de qualité, conçus et améliorés collectivement

Le choix de mobilier s’est porté, compte-tenu des délais, sur 6 bancs et deux tables « simples » car répondant à un besoin immédiat pour profiter de la prairie (pelouse) durant l’été. Des bois plus qualitatifs que la «  palette recyclée » ont été initialement fournis par les compagnons, de façon à favoriser la durabilité de premiers mobiliers. La réutilisation quasi-illimitée de la palette dans son domaine d’origine de la manutention (elles peuvent se réutiliser jusqu’à… 28 fois) ne plaident d’ailleurs pas pour un abus de cette ressource dans les démarches d’aménagements temporaires.

La structure des bancs a aussi été renforcée à la suite des remarques de certains participants et l’inclinaison a été modifiée à la suite de « tests » avec les habitants participants.

Test tout au long du processus de fabrication avec les habitants

Des solutions inventées au fil de l’eau, notamment pour contrer certains risques de disparition

La question de l’accroche s’est posée en début de processus, suite notamment à la disparition « mystérieuse » d’un banc fabriqué le premier jour. Au fur et à mesure du chantier, des solutions ont été proposées, discutées et mises en œuvre de concert avec les acteurs du projet et le noyau d’habitant impliqué. Il a été décidé de ne pas fixer au sol, la solution étant trop compliquée à mettre en œuvre et offrant peu de garantie contre le vol, mais de joindre des bancs et tables entre eux, de façon à créer des « modules » difficilement déplaçables ou escamotables… L’intelligence collective et la relative autonomie du groupe a donc permis de résoudre ce problème initial de risque d’« évaporation » des fabrications communes pour des usages privés non identifiés… D’autres questionnements sont restés en suspens comme la décoration des bancs, faute de temps.

Derniers ajustements : les bancs et les tables sont vissés entre eux

L’autonomie comme vecteur d’appropriation et d’ajustement de la démarche  au fil de l’eau

Très vite durant le chantier, des idées de mobiliers différents ont été proposé par des habitants et des acteurs associatifs. A cet effet, des palettes ont été récupérées et stockées à la maison du projet. Peu à peu, un « pacte » s’est lié avec les participants : finir les bancs bénéficiant au plus grand nombre, puis réaliser des mobiliers discutés de concert avec les participants ou proposés par des acteurs associatifs. Ce pacte a permis de réaliser plusieurs bancs et tables supplémentaires, positionnés dans d’autres lieux que la prairie. Des bancs en palette ont été réalisé à proximité de la pharmacie pour les personnes âgées, une table a été fabriqué par les enfants du centre d’animation pour la ferme urbaine, un banc supplémentaire a été positionné sur la prairie. D’autres mobiliers cependant n’ont cependant pas pu être réalisés dans le temps imparti, comme la boîte à idée imaginée par le groupe.

Banc construit en plus avec des palettes devant le médecin

Le fait d’avoir fixer un objectif simple (6 bancs et 2 tables), et d’avoir laissé de l’autonomie au groupe dans le choix d’autres mobiliers s’est avéré un bon levier pour permettre aux participants de s’approprier la démarche, mais aussi de faire en sorte que les habitants viennent mettre la « main à la patte ». Cette façon de faire a sans doute également jouer un rôle dans le fait que peu de mobiliers furent dégradé dans les semaines qui ont suivi leur positionnement sur la prairie.

Enfin, des participants sont venus par exemple couper une planche, demander conseil pour des travaux personnels, ils ont été bien sûr accueillis et invités à participer au chantier collectif. Cet « échange de bons procédés » a été apprécié par les participants.

Un temps convivial a été mis sur pied à la fin du chantier, lors du positionnement des mobiliers sur la prairie (pelouse). Des panneaux d’informations sur la genèse de la démarche, ses objectifs et sur le projet à venir sur la prairie ont été apposés sur les mobiliers fabriqués. Une mention évoquant l’implication des habitants du quartier a été inscrite sur les bancs et tables réalisées. Invitation a été faite aux habitants de donner leur avis à la maison du projet sur les mobiliers réalisés lors de ce chantier . Une valorisation plus importante pourrait être imaginée pour d’autres démarches de ce type, avec inauguration par les élus, interventions d’artistes. Certains habitants ont même souhaité apporter café, gâteaux, pour marquer le coup, bien qu’une petite collation fût mise sur pied dans les jours précédent la fin du chantier.

Inauguration des mobiliers autour d’un moment convivial

8 mois après, les bancs et les tables sont toujours là, et utilisés par les habitants. Un banc cassé a même été réparé, signe de l’appropriation effective de ce mobilier par les habitants du quartier.